Sanctuaire du coeur – Duong Thu Huong

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© Le Livre de Poche, 2014

1985. Lan Giang, au Vietnam. Thanh a seize ans, c’est un beau jeune homme, fils unique. Il est brillant, cultivé et promis à un bel avenir. Contre toute attente il prend une terrible décision : s’enfuir de chez ses parents sans leur laisser aucune explication. Pour survivre il va tomber dans la mendicité puis la prostitution. Il va consacrer les quinze années à venir à apprendre à vivre et à lutter en vain contre son passé qui le hante.

Encore une fois Duong Thu Huong fait voyager son lecteur au Vietnam, d’autant plus que Thanh change plusieurs fois de ville, décrivant à chaque fois les moeurs locales : Lan Giang, Saigon, Hanoi, Nha Trang…

Comme dans « Terre des oublis » l’auteure situe son action dans un pays partagé entre modernité et traditions :

« A l’époque où un vent de liberté soulevait le voile de l’intimité, la libération sexuelle et l’égalité des droits étaient devenues des revendications aussi fondamentales que le maïs ou le manioc en période de disette. Qu’elles le crient sur les toits ou qu’elles le taisent, les femmes modernes voulaient, en vivant au grand jour leurs passions, extirper de leur chair les souffrances secrètes et la chape de silence que les générations précédentes avaient endurées. » (p. 673)

D’autres points communs rapprochent ces deux romans, comme la forte présence des fonctionnaires et des commerçants (deux professions reposant sur un statut particulier) ou encore la description des inégalités sociales. L’histoire de Thanh en est un révélateur, tout comme celle des multiples personnages rencontrés au cour de ce roman construit sur de nombreux retours dans le passé.

Mais surtout, qu’il s’agisse de Thanh dans « Sanctuaire du coeur » ou de Miên dans « Terre des oublis », les personnages de Duong Thu Huong n’ont pas le droit au bonheur.

J’ai cependant été davantage touchée par l’histoire de Miên qui subit réellement ce qui lui arrive que par celle de Thanh qui, selon moi, a à l’origine été acteur de sa vie.

Malgré quelques longueurs j’ai beaucoup apprécié « Sanctuaire du coeur » et ai pris plaisir à retrouver l’écriture toujours très précise et descriptive de Duong Thu Huong.

 

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Le monde selon Garp – John Irving

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©Points, 1998

Résumé de l’éditeur : Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie, mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin…

J’ai le sentiment qu’il me faudrait une deuxième lecture pour bien comprendre ce roman. Je suis restée assez hermétique à la vie de Garp que je perçois avant tout comme un homme névrosé.

Le monde selon Garp, c’est Garp lui-même et les quelques personnes qui constituent son petit microcosme face à une vaste humanité hostile et dangereuse :

« Garp se méfiait de la plupart de ceux vers qui sa femme et ses enfants se sentaient attirés ; il avait un besoin pressant de protéger les rares êtres qu’il aimait contre ce que représentaient – imaginait-il- ‘tous les autres’. » (p.263)

« Garp rêvait en effet de pouvoir un jour acheter une forme d’isolement pour se couper de l’horreur du monde réel. Il imaginait une espèce de forteresse où Duncan et lui et Helen (et un nouveau bébé) pourraient vivre à l’abri des agressions, et même du contact, de ce qu’il appelait ‘le reste de la vie’. »  (p.471)

Le malaise qui hante le héros et qui est symbolisé par le « Crapaud du ressac » imprègne toute la narration. Le talent de John Irving est d’avoir transmis ce malaise au lecteur mais un peu trop efficacement pour moi. Je l’aurais peut-être mieux supporté si j’avais un tant soit peu apprécié le personnage ; hors Garp m’est apparu comme un homme « égocentré » et de ce fait antipathique.

Outre la narration en elle-même, « Le monde selon Garp » est plein d’interrogations sur la société, la vie et la mort ainsi que sur l’écriture et ce qu’est être écrivain.

Hormis quelques passages qui m’ont fait oublier que j’étais en train de lire j’ai eu du mal à me laisser porter par le roman. Je n’ai pas eu envie de l’abandonner mais je n’étais pas impatiente de le retrouver. Je l’ai trouvé long et les nombreuses mises en abyme consacrées aux écrits de Garp m’ont un peu lassée… C’est un bon roman, je comprends parfaitement son succès, mais ce n’était peut-être tout simplement pas le moment pour moi de le lire…

Raison et sentiments – Jane Austen

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©10/18, 2015

         Mrs Austen,

         J’ose vous adresser tous mes compliments pour « Raison et sentiments », la deuxième œuvre que je lis de votre plume.

A l’adolescence « Orgueil et préjugés » m’avait transportée dans cet univers que vous avez créé pour vos romans et que l’on qualifie de nos jours « d’austinien ». Donner son nom à un adjectif est en soi une grande preuve de talent et la marque d’une large reconnaissance de vos lecteurs.

Un certain nombre d’années après m’être émue de l’histoire d’Elizabeth et Darcy, c’est avec un grand plaisir que j’ai découvert les amours difficiles d’Elinor et Marianne.

Ces deux sœurs découvrent l’amour et ses vicissitudes, elles en souffrent mais la bienséance leur interdit toute démonstration déraisonnée. La société qui est la leur, composée de parents et de connaissances, attend d’elles toute la retenue qui sied aux jeunes femmes promises à de beaux mariages.

Les épreuves surmontées par nos deux héroïnes ne m’ont pas empêché d’apprécier les quiproquos qui donnent toute leur saveur aux dialogues développés dans votre roman. Chaque personnage possède ses propres connaissances de la situation et sa propre finesse d’esprit. Chacun intervient dans votre histoire au moment le plus opportun, comme un recours à certaines machineries usitées au théâtre.

Plusieurs retournements de situation et le courage de vos deux protagonistes conduisent à cette fin attendue tant des personnages que de vos lecteurs.

L’histoire d’Elinor et Marianne se lit encore de nos jours car elle est intemporelle.

         La lectrice que je suis trouvera, c’est à n’en point douter, autant de plaisir dans la lecture de vos autres romans que dans celle de « Raison et sentiments ».

Le fils – Philipp Meyer

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©Albin Michel, 2014

« Le fils » est l’histoire d’une famille texane qui s’est adaptée à tous les changements s’opérant autour d’elle. Vivant pendant plusieurs générations de l’élevage, les McCullough se sont peu à peu tournés vers l’exploitation pétrolière et ont bâti une immense fortune grâce à leur capacité  à sentir le vent tourner.

Le patriarche Eli, son fils Peter et son arrière-petite-fille Jeanne Anne reviennent sur leurs trajectoires individuelles et retracent ainsi le parcours des McCullough de 1847 à 2012.

Eli a été marqué par son enlèvement à l’âge de 11 ans par une tribu Comanche au sein de laquelle il a finalement vécu trois années. Avoir vu sa famille se faire tuer sous ses yeux et avoir dû apprendre à survivre au jour le jour parmi sa nouvelle tribu a forgé son caractère. C’est un homme dur, qui manque d’humanité. Il tue sans culpabilité pour assurer sa prospérité. Il semble tout diriger, tout contrôler alors que sa jeunesse a sans cesse été soumise à la volonté d’autrui : il est devenu Comanche de force puis incorporé contre sa volonté au corps des Rangers.

Peter est l’homme le plus sensible de la famille et s’est toujours senti en décalage par rapport à son père et ses frères. Il est rongé par la culpabilité de n’avoir pu empêcher le meurtre de la famille Garcia, voisine des McCullough. Il aspire à vivre le plus honnêtement possible du bétail et est réticent à l’idée de faire fortune avec le pétrole. Il lui faudra beaucoup de courage pour imposer à sa famille son amour pour une femme rejetée de tous les McCullough.

Sa petite-fille Jeanne Anne passera sa vie à se faire une place dans un milieu très masculin. Elle est frustrée de n’avoir pas eu la même éducation que ses frères et nourrit de nombreuses rancœurs à l’égard de son père. Elle s’affirme finalement en sauvant le ranch familial de la faillite grâce à l’exploitation des puits de pétrole présents sur ses terres.

Chacun des trois personnages raconte son histoire mais comme détaché, sans implication. C’est un aspect du livre qui m’a gênée car il m’a empêchée de donner corps aux protagonistes. Qu’il s’agisse d’Eli, Peter ou Jeanne Anne le ton semble le même. J’ai vraiment trop senti la présence de l’auteur derrière ces récits. J’ai par ailleurs trouvé qu’en dépit des vies complexes qu’il leur a inventées P. Meyer apporte peu de soin à la construction de ses personnages. Ils ne sont que très peu décrits et manquent de relief.

L’auteur semble bien connaître le Texas et son histoire. Son roman ne m’est hélas apparu que comme un prétexte pour romancer l’Histoire.

Je n’ai pas été très enthousiasmée par ce roman qui est en plus cousu de fautes d’orthographe…

Les Suprêmes – Edward Kelsey Moore

les supremes

Odette, Clarice et Barbara Jean vivent dans l’Indiana et sont amies depuis leur adolescence, dans les années 60. Elles sont toutes les trois assez différentes de par leur enfance et leurs caractères. Les Eglises qu’elles fréquentent révèlent d’ailleurs leurs différences :

Dans mon église, la Holy Family Baptist, la seule règle d’or était que chacun soit bon pour son prochain. Les fidèles de la Calvary Baptist trouvaient ce précepte bien trop simpliste, et grimpaient aux rideaux à l’idée que l’on ne punisse pas plus sévèrement les pêcheurs et leurs péchés. Ils étaient tout aussi dégoûtés par la First Baptist – l’église de Barbara Jean-, dont les membres prouvaient leur dévotion à Dieu en participant à des actions caritatives et en se mettant chaque dimanche sur leur trente et un, comme s’ils défilaient sur un podium. On disait pour plaisanter que la Holy Family répandait la bonne parole, la Calvary Baptist la mauvaise, et la First Baptist la dernière mode. (p.42)

Ce qui aurait pu les séparer n’a pas entaché leur amitié. Elles ne ratent jamais leur rendez-vous dominical au restaurant « Chez Earl », à la sortie de la messe. Elles sont toujours là l’une pour l’autre et leur maris respectifs ont dû accepter de partager leur femme  avec chacune des autres « Suprêmes ». Embarqué aux côtés d’Odette, qui dit toujours ce qu’elle pense, de Clarice, dont la conduite est sans cesse dictée par la rigueur et de Barbara Jean, une femme très belle mais très abîmée par la vie, le lecteur suit leurs aventures tantôt truculentes, tantôt tragiques.

Les personnages créés par Edward Kelsey Moore sont relativement caricaturaux mais attachants car très humains. Ils vivent beaucoup de très beaux moments mais la vie ne les épargne pas pour autant. Ils doivent affronter le racisme, la mort et supporter le poids de la morale, très présente dans leur milieu.

Ce roman est malgré tout souvent décalé et parfois exagéré. C’est ce qui fait sa légèreté. L’auteur prévoit de lui donner une suite. Pourquoi pas…

Dolores Claiborne – Stephen King

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©Pocket, 2012

 

Qu’est-ce que t’as demandé, Andy Bissette ? Si je « comprends mes droits tels que tu me les as expliqués » ?

Bon sang ! Y a vraiment des hommes qu’on se demande comment y font pour être aussi abrutis. (p.13)

Les mots de Dolores Claiborne ouvrent et ferment ce roman. Toute la narration repose sur une unité de lieu et de temps : nous sommes dans une salle d’interrogatoire, en 1992, et Dolores Claiborne doit prouver son innocence dans la mort de sa riche patronne, Vera Donovan. Dolores entame le récit de son histoire, ne cache rien du meurtre de son mari, trente ans plus tôt, ni de ses relations difficiles avec sa patronne. C’est une femme honnête et c’est bien pour cette raison qu’elle raconte tout et entend être innocentée de ce deuxième crime dont elle est accusée.

Pas de surnaturel ni de fantastique dans cette histoire, que de l’humain. Dolores Claiborne est une femme qui n’a pas eu de chance dans la vie et, bien qu’elle ait un caractère effroyable, j’ai parfois eu pitié d’elle. Elle assume totalement ses choix et ses actes mais reste hantée par ses propres démons. En cela, elle est beaucoup plus proche de sa patronne qu’elle ne le croit. Toutes deux se considèrent comme des femmes obligées d’être « garces » pour tenir debout, mais ce sont avant tout des femmes écorchées.

Comme les enquêteurs qui n’interrompent que très peu Dolores Claiborne lors de son témoignage, en tant que lectrice j’étais avide de découvrir toute son histoire. En lisant le texte de Stephen King j’avais presque l’impression d’entendre son personnage parler. C’est entre autres choses ce que j’aime chez cet auteur. Il sait garder le lecteur en haleine en recourant à l’horreur comme dans « Ça », au surnaturel comme dans « Carrie » ou encore tout simplement à notre humanité comme dans « Dolores Claiborne ».

Encore un très bon Stephen King…

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Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

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©Albin Michel, 2013

Je viens de terminer « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre, Prix Goncourt 2013, et je suis conquise ! J’ai tout aimé dans ce roman et ne me suis pas vue tourner ses 566 pages…

1918. La guerre est terminée. L’armistice signé. Le soldat Albert Maillard et son camarade Edouard Péricourt, qui lui a sauvé la vie, sont démobilisés. Edouard a eu la moitié inférieure du visage emportée par un éclat d’obus. Albert reste à ses côtés, le soigne et le prend sous son aile à la sortie de l’hôpital. Ils vivent dans la précarité la plus totale jusqu’à ce qu’Edouard, qui était avant la guerre étudiant en arts, monte une escroquerie : ils vont dessiner des monuments aux morts qu’ils vendront aux mairies sur catalogue avant de s’enfuir avec l’argent sans jamais avoir livré aucun monument.

Le capitaine Henri d’Aulnay-Pradelle dirigeait pendant le conflit le bataillon d’Albert et Edouard. Lui aussi va tirer profit de l’après-guerre : sa société exhume les soldats enterrés sur les champs de batailles afin de leur offrir une vraie sépulture sur laquelle les familles pourront se recueillir. Avec les fonds de l’Etat il va s’enrichir en enterrant à la va-vite de nombreux soldats dans des cercueils trop petits et sans réellement s’interroger sur leur véritable identité.

Je ne voudrais pas dévoiler toute l’intrigue brillamment ficelée par Pierre Lemaitre : bien d’autres personnages font vivre l’histoire et leurs destins sont tous liés les uns aux autres sans qu’ils en aient connaissance.

Ce roman est très bien écrit. Pierre Lemaitre n’est pas tendre avec ses personnages et il recourt souvent à l’humour pour souligner leurs travers. Ses jeux de mots sont fins et percutants. Ainsi, décrit-il Madeleine qui est riche mais pas vraiment belle et est malgré tout demandée en mariage par Henri d’Aulnay-Pradelle :  » Avant-guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvaient banale vue de face, mais très jolie vue de dot. » (p.161)

En lisant ce roman j’ai vraiment eu l’impression d’être immergée dans une autre époque et me suis souvent dit que je ne pouvais pas comprendre les personnages, ne vivant pas dans cet immédiat après-guerre. L’énormité de leurs escroqueries et leurs personnalités très marquées m’ont fait tourner les pages du roman avec avidité mais l’histoire créée par Pierre Lemaitre fait aussi réfléchir à ce qu’à pu être ce conflit et aux conséquences qu’il a pu avoir sur le pays.

Je commence mon année 2016 par un véritable coup de coeur !

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Tag « Je lis… donc je suis »

Incitée par Sandrion je me prête au jeu ! Il suffit de répondre aux seize questions suivantes par des titres de livres lus en 2015.

La consigne est simple, mais l’exercice ne l’est pas tant que cela !

  1. Décris toi… Je ne suis pas un serial killer
  2. Comment te sens-tu ? Dix-sept ans
  3. Décris où tu vis actuellement… La propriété
  4. Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ? Les pays
  5. Ton moyen de transport préféré ? Mr Mercedes
  6. Ton/ta meilleur(e) ami(e) est… L’autre comme moi
  7. Toi et tes amis vous êtes… L’autre moitié de moi-même
  8. Comment est le temps ? Soie
  9. Quel est ton moment préféré de la journée ? La fractale des raviolis
  10. Qu’est la vie pour toi ? Terre de rêves
  11. Ta peur ? Le vertige de la chute
  12. Quel est le conseil que tu as à donner ? Toute la famille sur la jetée du paradis
  13. La pensée du jour … Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre qui donc lui reprisait ses chaussettes ?
  14. Comment aimerais-tu mourir ? Au coin d’une ride
  15. Les conditions actuelles de ton âme ? La voie ferrée au-dessus des nuages
  16. Ton rêve ? L’annonce

Pour faire honneur aux livres que j’ai cités, voici leurs couvertures :

 

Je ne tague personne en particulier. Libre à chacun de reprendre ce tag !

 

127 heures – Aron Ralston

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©Pocket, 2011

Samedi 26 avril 2003. Aron Ralston est un sportif accompli : randonneur, vttstite, skieur et surtout alpiniste chevronné. Il a déjà entamé avec son succès son programme d’ascension des cinquante-neuf sommets de plus de 4000 mètres du Colorado, où il vit en colocation avec quelques amis. Il aime les défis et pratique essentiellement l’alpinisme en solitaire et par temps hivernal. En cette fin avril il a envie d’aventure dans le désert et se rend en Utah afin de découvrir le Blue John Canyon. Il commet une erreur qui va lui coûter très cher : il ne planifie pas à l’avance son parcours et n’en informe par conséquent personne avec précision. Alors qu’il est parti depuis plusieurs heures et n’a plus pour toute réserve que deux burritos, des muffins et quelques centilitres d’eau, il s’appuie sur un rocher qui glisse et lui bloque totalement la main droite. Il va rester coincé au fond du canyon pendant 5 jours, sans possibilité d’être secouru. Il ne va pas dormir pendant 127 heures et va devoir se contraindre à s’auto-amputer le bras pour miraculeusement survivre.

Je connaissais cette histoire véridique pour avoir vu le film tiré du témoignage d’Aron Ralston et réalisé par Danny Boyle. J’ai eu envie de lire les mots du protagoniste, de découvrir sa perception des événements. Bien-sûr ce témoignage est terrible mais je l’ai trouvé moins dur à recevoir que les images du film qui m’avaient vraiment marquée. Tout le texte d’Aron Ralston n’est pas consacré au récit de ses jours passés prisonnier du canyon. Il revient longuement sur sa vie de sportif, sur les différents exploits qu’il a accomplis et partage avec le lecteur son amour pour la montagne, la nature et les grands espaces. Ces retours en arrière permettent une pause dans la narration de l’horreur et permettent de faire retomber la pression.

En lisant le livre j’ai découvert à quel point Aron Ralston est intelligent et capable de réfléchir à celui qu’il était avant son accident et celui qu’il est maintenant. C’est un homme contre toute apparence très raisonnable et qui a accepté ce qui lui est arrivé pour en faire une composante de sa vie.

 

 

Dans le silence du vent – Louise Erdrich

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©Albin Michel, 2013

1988. Dans une réserve indienne. La vie du narrateur, Joe, bascule le jour où sa mère rentre du travail en état de choc : elle vient d’être violée et est parvenue à échapper à son agresseur en s’enfuyant. Dès lors les relations que le jeune garçon entretient avec ses parents changent : son père, juge au tribunal tribal, s’ouvre davantage à lui, le faisant ainsi peu à peu quitter l’enfance.

Sa mère, elle, est prisonnière de l’agression qu’elle a subie et ne parvient plus à communiquer avec son mari et son fils.

« J’avais cru que c’était la même mère, mais avec un visage creux, des coudes saillants, des jambes pleines de pointes. Pourtant je commençais à remarquer qu’elle était quelqu’un de différent de la maman d’avant. Celle que je considérais comme la vraie. J’avais cru que ma mère ressurgirait à un moment ou un autre. Que je récupérerais ma maman d’avant. Mais il m’est venu à l’esprit que cela risquait de ne pas arriver. La foutue carcasse lui avait volé quelque chose. Une part chaleureuse de son être avait disparu et risquait de ne pas revenir. Il ne serait pas facile de connaître cette nouvelle femme redoutable, et moi j’avais treize ans. Je n’avais pas le temps. » (p.279-280)

A partir de ce jour Joe n’aura d’autre but que de retrouver le coupable. Mais il reste malgré tout un jeune garçon de treize ans qui traîne avec ses copains et aime braver les interdits. Le lecteur le suit dans sa quête mais aussi dans son quotidien au sein de la réserve.

 

Je ne suis pas amatrice de littérature des grands espaces et craignais un peu de ne pas apprécier à sa juste valeur ce roman. Finalement, j’ai immédiatement été plongée dans l’histoire. Les descriptions de paysages n’occupent pas une place excessive dans la narration qui se concentre plutôt sur les personnages, conditionnés par leur culture ojibwé.

J’ai beaucoup apprécié l’écriture de Louise Erdrich qui est simple, claire mais sans être pauvre.

Ce roman n’est pas léger mais il m’a vraiment aidée à m’évader.