Les petits ruisseaux – Pascal Rabaté

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©Futuropolis, 2006

Doux

Triste

Optimiste

Voilà les trois mots qui me viennent à l’esprit après avoir lu « Les petits ruisseaux » de Pascal Rabaté.

Je connaissais l’auteur et sa propension à situer ses histoires dans un univers très franchouillard, le plus flagrant étant dans « La Marie en plastique » et « Crève saucisse ».

Les protagonistes des « Petits ruisseaux » évoluent eux aussi dans la France des petits bourgs. Ils sont entourés de rituels et d’objets que l’on a (tous) connus chez nos grands-parents. Et pour cause. Emile et Edmond, deux amis retraités, aiment se retrouver au cours de parties de pêche. Ils sont tous les deux veufs et Edmond confesse un jour à son ami rencontrer des femmes par petites annonces. Emile, lui, n’est pas prêt à vivre une histoire avec une autre femme que sa défunte épouse. Tout son quotidien et sa conception de la vie vont soudain être bousculés…

J’ai trouvé l’histoire d’Emile émouvante et le personnage attachant. La douceur des couleurs choisies par l’auteur crée comme une bulle qui atténue la tristesse et l’âpreté de la vie de ses personnes âgées. Je n’ai pas lu beaucoup de BD ayant un vieux monsieur pour héros mais j’ai vraiment apprécié qu’Emile n’incarne pas ce que je j’appellerais « l’acariâtreté » que la fiction, que ce soit en littérature ou au cinéma, prête facilement aux personnes âgées.

Je ne sais pas si je regarderai le film car la BD a été un coup de coeur !

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Retour au collège – Riad Sattouf

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©Hachette, 2005

L’actualité éditoriale de Riad Sattouf m’a donné envie de lire l’un de ses premiers titres : « Retour au collège ».

Alors qu’il est désormais adulte, l’auteur reste marqué par son arrivée au collège de Rennes. Il décide donc de se replonger dans ces années en intégrant pendant deux semaines, en tant qu’observateur-dessinateur, un collège parisien. Il choisit pour cela un établissement situé dans les plus beaux quartiers de la capitale et dans lequel sont scolarisés les enfants de l’élite française. Passées les résurgences d’angoisses écolières, Riad Sattouf découvre avec acuité un monde régi par le paraître, l’indolence et l’obsession pour le sexe. La chronique qu’il en retire est un régal pour le lecteur qui y puise humour et auto-dérision car lui aussi est passé par les années collège… Cette BD, parue en 2005 , contient déjà selon moi ce qui a fait le succès de « L’Arabe du futur ».

Rachel Rising – Terry Moore

Rachel reprend conscience sous plusieurs mètres cubes de terre… Son amie Jet meurt dans un accident de voiture mais n’est pas morte… Il se passe de bien étranges choses dans la petite ville de Manson, écrasée par la neige. C’est l’oeuvre de trois sorcières : Hannah, Mary Scott et surtout Lillih, qui mène la danse. Elles se vengent du sort que leur ont fait subir les habitants de Manson trois cent ans plus tôt. Rachel et Jet semblent avoir un rôle à jouer pour arrêter les maléfices qui s’abattent sur leur ville. Mais elles doivent d’abord comprendre la situation et résoudre une énigme supplémentaire : qui est cette petite fille qui se prénomme Zoé et sème la mort sur son passage ?

Cette série n’est pas facile à résumer car son histoire peut paraître simpliste et déjà vue alors que la narration et le dessin de Terry Moore en font au contraire une aventure complexe qui demande souvent un retour en arrière pour se remémorer certains points essentiels à la compréhension de l’intrigue. L’auteur sait introduire des rebondissements dont le lecteur n’aura la clé qu’en même temps que les personnages, suscitant alors l’envie de lire et lire…

J’ai commencé cette série dès la parution du premier tome et je ne peux donc lire la suite des aventures de Rachel et Jet que lorsqu’elles paraissent. Les mois passent et me font un peu oublier ce que j’ai lu mais c’est toujours avec plaisir que je me replonge dans « Rachel Rising ».

Cette série m’avait été conseillée par le libraire et présentée comme une BD qui peut plaire aux amateurs de « Walking Dead ». Je pense que c’est en partie vrai mais il ne faut pas s’attendre à retrouver l’univers de Robert Kirkman. L’histoire et l’ambiance sont bien différentes et c’est aussi ce qui m’a charmée : j’ai le sentiment d’avoir trouvé une nouvelle série qui a pris le relais de « Walking Dead » que j’ai fini par arrêter.

Je n’aime pas diffuser sur ce blog des images extraites des oeuvres des auteurs, mais pour vous donner un aperçu du travail de Terry Moore je vous conseille de visiter son blog sur lequel figurent quelques planches de « Rachel Rising ».

Un billet, trois BD

Pour commencer ce billet consacré aux BD que j’ai lues récemment, un roman graphique de Scott McCloud.

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©Rue de Sèvres, 2015

Un jeune sculpteur, David, connaît l’échec après un succès obtenu très jeune et un peu prématurément. Maintenant il semble ne plus rien représenter dans l’univers fermé de la sculpture new-yorkaise. Son oncle décédé il y a des années et réincarné en une sorte de dieu lui rend visite et lui offre la possibilité de sculpter tout ce qu’il veut, sans limite à son talent, en échange de sa vie. David accepte : il ne lui reste plus que 200 jours à vivre.

Devant l’enthousiasme du libraire j’ai eu le sentiment qu’il ne fallait pas que je passe à côté de ce roman graphique. Finalement, j’ai peu apprécié ma lecture. J’ai peiné à entrer dans la vie du héros dépressif et l’ambiance générale de la BD, toute de bleu et noir illustrée, ne m’a pas aidée. Je suis quand même allée au bout, espérant une fin qui rattraperait le tout, mais c’est vraiment de marbre que j’ai refermé ce livre.

Heureusement, je me suis rattrapée avec l’adaptation du roman de Jean Teulé, « Le magasin des suicides ». Scénarisé par Olivier Ka et illustré par Domitille Collardey.

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©Delcourt, 2012

La famille Tuvache se transmet de génération en génération sa boutique du suicide : cordes, sabres, bonbons empoisonnés, armes à feu… vous trouverez tout chez les Tuvache pour mettre fin à vos jours ! L’affaire est prospère mais ses propriétaires n’ont pas la vie facile : leur petit dernier, Alan, écoute des musiques joyeuses, sourit et aime la vie…

Je n’ai pas lu le roman, je ne peux donc pas juger de la pertinence de l’adaptation. Cependant, j’ai vraiment aimé les illustrations de Domitille Collardey. Les aplats de marron collent parfaitement à l’univers du magasin, tout juste égayé par la couleur apportée par Alan.

J’ai uniquement regretté certaines transitions un peu rapides. On sent qu’il a fallu faire rentrer un roman dans une BD.

Dans un autre genre, « Le peuple des endormis », de Frédéric Richaud et Tronchet.

XVIIème siècle. Jean, un jeune apprenti taxidermiste, va devoir quitter son petit monde de naturaliste pour se frotter à la réalité de la Cour. Les ambitions de son protecteur, le marquis de Dunan, vont le mener au Sénégal, et cette expérience va marquer sa vie à jamais.

Les dessins de Tronchet sont toujours particuliers mais j’ai vraiment aimé la représentation du marquis. L’histoire en elle-même est originale et les rebondissements assez nombreux pour captiver le lecteur. J’ai juste regretté quelques petites longueurs.

La propriété – Rutu Modan

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©Actes Sud, 2013

Une couverture bleu-nuit représentant les personnages dans un cimetière… Cette BD m’intriguait depuis son arrivée sur les rayonnages de ma médiathèque. J’ai voulu l’emprunter plusieurs fois et je l’ai reposée à chaque fois, préférant d’autres titres. C’est finalement un article paru dans un ancien numéro de la revue Kaboom qui m’a décidée à la lire et c’est enthousiasmée que je vous en parle ici.

Mica Segal, une jeune femme d’origine juive vivant en Israël, accompagne sa grand-mère Régina lors d’un voyage à Varsovie. Régina est en effet propriétaire de l’appartement de ses parents chassés de chez eux pendant la guerre. Le but premier de ces cinq jours passés en Pologne est de « récupérer ce qui nous appartient » dixit la grand-mère. Finalement, l’aventure va se corser un peu avec la présence inopportune du petit ami de la tante de Mica, qui tient lui aussi à récupérer l’appartement, la rencontre entre la jeune fille et le séduisant Tomasz, et enfin les retrouvailles entre Régina et Roman…

Je n’entre pas davantage dans le détail de l’histoire pour ne pas trop en révéler. J’ai aimé me plonger dans cette BD à chacun de mes moments libres, retrouver ses personnages et l’ambiance cocasse créée par l’auteure. En dépit d’un ton relativement léger Rutu Modan illustre la difficulté pour ses personnages de renouer avec une histoire douloureuse, de retrouver une ville métamorphosée et qui a tenté d’effacer les traces de son passé pour mieux se reconstruire.

Je crois pouvoir dire que c’est l’une des meilleures BD que j’ai lues depuis le début de cette année…

Cette lecture a aussi été l’occasion de découvrir une auteure de BD israélienne, ce qui n’est pas si courant, tout du moins pour moi…

Un billet, trois BD

Un court billet pour vous présenter trois BD lues ces derniers jours.

« Le guide du mauvais père, tome 2 » de Guy Delisle

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©Delcourt, 2014

Je crois qu’un tome m’aurait suffit… Je suis restée de marbre pendant ma lecture des petites aventures de l’auteur avec ses enfants. Je me demande même s’il n’en a pas inventées certaines tellement ça paraît gros et artificiel. Je préférais quand l’auteur voyageait et nous livrait ses « chroniques ».

« Une si jolie petite guerre » de Marcelino Truong

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©Denoël, 2012

La couverture ne fait pas vraiment envie mais j’ai emprunté cette BD pour en savoir un peu plus sur l’histoire du Vietnam.

Arrivé à la cinquantaine, l’auteur revient sur les années passées à Saigon quand il était petit garçon, de 1961 à 1963. Son père étant interprète pour le président Ngô Dinh Diêm toute la famille a dû vivre pendant deux ans dans un Vietnam déchiré entre le nord et le sud, et affronter un contexte politique et militaire instable. Bien que le sujet soit grave cette BD n’est pas plombante car tous les événements sont relatés tels qu’ils étaient perçus par l’enfant qu’était alors Marcelino Truong.

« L’orme du caucase » de Jirô Taniguchi, d’après l’oeuvre de Ryuichiro Utsumi

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©Casterman, 2004

Ce très beau recueil de courtes histoires met en scène tantôt un homme en proie à un conflit de voisinage en raison d’un orme se trouvant dans son jardin et perdant ses feuilles chez les voisins, tantôt une petite fille profondément marquée par le manque de responsabilité de sa maman, tantôt une vieille femme redécouvrant l’amour alors qu’elle se croyait trop âgée pour le vivre… Et je ne vous dis pas tout.

Comme souvent chez Taniguchi ce qui pourrait n’être qu’une histoire plate et sans intérêt prend tout son relief grâce à l’humanité qui s’en dégage. J’ai envie de comparer cet auteur à la chaîne de télévision Arte qui sait rendre tout programme intéressant, même un reportage sur les cyanobactéries…

Le charme a encore opéré pour moi…

Belles lectures à tous.

Terre de rêves – Jirô Taniguchi

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©Casterman, 2005

J’ai déjà évoqué sur ce blog mon admiration pour l’oeuvre de Taniguchi, et bien je vais être obligée de me répéter…

« Terre de rêves » regroupe quatre histoires au préalables parues séparément. Les trois premiers récits sont consacrés à un couple qui n’a probablement pas réussi à avoir d’enfant, même si la pudeur voulue par l’auteur empêche de le dire clairement. Cet homme et cette femme possèdent un chien auquel ils donnent énormément d’amour. Malheureusement il est vieux et ils vont devoir l’accompagner dans ses derniers moments. Un peu plus d’un an après la mort de leur compagnon ils vont se laisser convaincre d’adopter un chat… Dans le troisième récit, une de leur nièce s’invite chez eux à l’improviste. L’arrivée de cette enfant dans leur vie va leur apporter un nouveau souffle et offrir à la petite une bouffée d’oxygène bien nécessaire. Ils vont passer plusieurs jours ensemble et s’enrichir mutuellement. Cette histoire m’a particulièrement émue car ce couple qui n’a pas eu d’enfant a enfin la possibilité de transmettre quelque chose à la petite nièce.

La dernière histoire met en scène un homme qui tente de nouveau l’ascension de l’Annapurna quelques années après y avoir perdu un compagnon de cordée.

Résumées rapidement ces histoires peuvent sembler tristes et pesantes. Tristes, elles le sont. Pesantes, je n’ai pas trouvé. La justesse de ton de Taniguchi, l’amour et le respect qu’il semble avoir lui-même pour ses personnages sont tout simplement touchants. Dans une postface à l’ouvrage l’auteur explique s’être inspiré de sa propre histoire pour les deux premiers récits. C’est peut-être ce qui explique la profonde humanité et sensibilité qui s’en dégage.

Certes, « Terre de rêves » n’invite pas à l’aventure mais beaucoup plus à l’introspection. C’est pourquoi il faut selon moi être dans une certaine disposition d’esprit pour l’apprécier. Cependant, si vous êtes en quête d’émotions et de beauté je vous invite à découvrir ces histoires.

Elle s’appelait Tomoji – Jirô Taniguchi

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©Rue de Sèvres, 2015

« Elle s’appelait Tomoji » est né d’une commande passée à Jirô Taniguchi : rendre hommage à Tomoji Uchida qui a créé avec son mari le temple bouddhiste Shôjushin.

Dans un entretien présenté en fin d’ouvrage l’auteur précise que Tomoji Uchida est représentative de nombreuses femmes ayant vécu dans les régions rurales et pauvres du Japon des années 20-30. Cette information a de l’importance car la BD proposée par Taniguchi est avant tout l’histoire de Tomoji et non celle du temple Shôjushin.

Tomoji est née dans la région montagneuse de Yamanashi. Sa jeunesse a malheureusement été marquée par la perte de plusieurs de ses proches et elle a toujours vécu frugalement, a dû très tôt travailler dur pour aider sa famille.

Dans le même temps, Fumiaki Itô, de six ans son aîné, vivait à Tokyo.

Le rapprochement entre ces deux personnes est le fil conducteur de la BD. Jirô Taniguchi prend le temps de nous raconter la vie quotidienne de Tomoji avant son mariage avec Fumiaki et parsème son histoire de repères chronologiques constituant un décompte avant LA rencontre :

Tomoji a 18 ans. C’est l’hiver. Elle part seule pour Kôfu. Avant sa rencontre avec Fumiaki Itô, qu’elle a croisé autrefois sans le voir, il reste encore un an.

Ce décompte attise la curiosité du lecteur en lui suggérant qu’il se passera encore bien des choses avant la rencontre.

J’ai retrouvé dans cette histoire toute la sensibilité de Jirô Taniguchi : la nature est toujours aussi présente et célébrée, les personnages gardent toute leur réserve et leur douceur en dépit des aléas de la vie. Ce qui pourrait n’être qu’une histoire banale se transforme en une histoire touchante qui retient le lecteur : Tomoji grandit et devient adulte sous nos yeux et nous avons envie de l’accompagner jusqu’au bout.

Encore une fois je me suis vraiment laissée voyager dans l’univers offert par Jirô Taniguchi. C’est toujours tellement beau et apaisant. Voilà une BD que je conseille à quiconque a besoin d’un peu de calme et de douceur.

De retour…

Après l’agitation, je retrouve un calme relatif…

J’ai malgré tout trouvé un peu de temps pour lire ces dernières semaines et reviens vers vous avec un billet relativement bref pour vous faire part en quelques mots de mes impressions.

Au menu, de la BD et du roman :

Ariol, t.10 : peut-être que je m’habitue aux aventures de ce petit âne comme vous et moi… Je dois bien avouer que j’ai un peu moins ri cette fois-ci. Le plaisir est toujours là, intact, mais malgré tout teinté d’un peu de déception…

Emmett Till, derniers jours d’une courte vie : quels mots pour commenter cette BD ? Arnaud Floc’h revient sur l’histoire malheureusement vraie du jeune Emmett Till qui, en 1955, a quitté Chicago et sa relative tolérance à l’égard des Noirs pour passer quelques jours de vacances chez son oncle, dans le Mississippi. Emmett a refusé de voir la force de la ségrégation dans le Sud et ce qui ne se voulait qu’une bravade lui a coûté la vie…

Je ne suis pas un serial killer : premier tome d’une trilogie très américaine consacrée à un jeune homme fasciné par les tueurs en série et qui, un peu à la manière d’un certain Dexter, lutte contre ses propres pulsions violentes. Mais quand plusieurs meurtres sont commis dans sa petite bourgade, l’heure n’est plus à la lutte intérieure mais à l’action.

Je ne sais pas si je lirai les deux tomes suivants car je n’ai pas trouvé de grande originalité à ce roman. J’ai simplement apprécié de lire un thriller qui ne requiert pas une grande attention mais qui change quand même les idées…

La position : il me reste en fait quelques pages à lire, mais je peux d’ores et déjà affirmer que je ne resterai pas marquée par ce livre. Moi qui apprécie les chroniques familiales je suis restée insensible à l’histoire de la famille Mellow.

Roz et Paul se rencontrent dans les années 70 et vivent un amour fort alimenté notamment par une vie sexuelle très active et ouverte à toute nouvelle expérience, nouvelle découverte. Ils en font même un livre pour guider d’autres couples sur ce chemin. Leurs enfants finissent par tomber sur le livre et une fêlure invisible, à peine perceptible va alors s’opérer. L’auteure, Meg Wolitzer, montre bien à quel point l’histoire familiale est conditionnée et parfois menacée par les trajectoires individuelles de ses membres. Elle semble elle-même critique à l’égard de ses personnages et recours souvent à l’humour et à l’ironie. Malgré tout, je n’ai pas trouvé d’originalité ni de profondeur à ce roman.

En bref, ces dernières semaines n’auront pas été très enrichissantes d’un point de vue littéraire, à part ma lecture de l’histoire d’Emmett Till. Peut-être que je n’étais pas non plus très disponible pour apprécier ce que je lisais…

Mais je suis sûre que de nouvelles lectures viendront corriger cela.

Belles lectures à tous !