Grand maître – Jim Harrison

grand-maitre
©Flammarion, 2012

L’inspecteur Sunderson enquête sur un gourou qu’il suspecte d’abus sexuels sur les jeunes adeptes de sa secte mais contre lequel aucune plainte n’a été déposée. Sunderson vient de prendre sa retraite mais ne peut s’empêcher d’explorer les liens qu’il établit lui-même entre la religion, le sexe et l’argent. Il va poursuivre celui qui se fait appeler « Grand Maître » du Michigan en Arizona et, lui qui ne voyage jamais, découvre un état qui lui est totalement étranger et hostile.

Son enquête le met face à lui-même. Il doit assumer son alcoolisme et ses pulsions sexuelles. Il a quitté le Michigan pour mener à bien ses investigations, mais n’est-ce pas aussi pour fuir sa vie, sur laquelle il revient sans cesse : la fin de son mariage, son métier qui l’a rongé… ?

Sunderson est un personnage désabusé. Il porte notamment un regard critique sur le métier qu’il a exercé mais qu’il a en même temps beaucoup de mal à quitter. Par certains aspects il incarne le flic-type du roman policier :

« Sunderson fumait et buvait beaucoup, son taux de cholestérol restait toujours trop élevé. » (p.68)

Tout au long de ma lecture l’image de Jim Harrison est venue se coller au personnage, en dépit de la description qui en est faite au début du roman :

« Sunderson était vraiment bel homme. Beaucoup de gens pensaient qu’il avait beau friser les soixante-cinq ans, il faisait dix ans de moins. Comme il n’était pas vaniteux, cela ne signifiait rien pour lui. » (p.30)

 

« Grand Maître » n’est pas un roman policier classique. L’intrigue et l’enquête sont présentes mais comme au second plan, derrière la vie personnelle du protagoniste et ses réflexions. Son esprit est occupé par de grandes considérations autour de la nature et de  l’histoire indienne des Etats-Unis. L’image récurrente dans le roman mais aussi dans les interviews de l’auteur est d’ailleurs celle du placard :

« […] les Indiens étaient le squelette monstrueux enfermé dans le placard de l’Amérique » (p.256)

Pour conclure je dirais que tout au long de l’histoire l’enquête piétine et, à la page 342, il suffit de trois paragraphes pour assister au dénouement… Cela peut décevoir les amateurs de polars, mais je pense qu’il ne faut pas débuter ce roman comme on débute un roman policier. « Grand Maître » est avant tout une continuité de l’oeuvre de Jim Harrison et un nouvel exemple de nature writing.

J’ai pour ma part réellement apprécié ce roman et lirai sûrement celui qui lui a fait suite, « Péchés capitaux ».

 

 

 

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5 réflexions sur “Grand maître – Jim Harrison

    • Je vois que tu es amatrice de la plume de ce grand maître de l’écriture qu’était Jim Harrison… Je ne peux donc que te conseiller de lire ce roman dans lequel la nature se déploie sous les yeux du personnage et du lecteur.

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