D’autres vies que la mienne- Emmanuel Carrère

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J’ai débuté ma lecture du roman « D’autres vies que la mienne » en pensant n’avoir jamais rien lu d’Emmanuel Carrère. Je me suis en fait souvenu avoir lu il y a quelques années « La classe de neige » que j’avais bien aimé malgré une impression de distance froide du narrateur par rapport aux événements racontés.

Dans « D’autres vies que la mienne » Emmanuel Carrère nous livre deux récits de vies dont il est lui-même un personnage.

Le premier récit revient sur le tsunami de 2004, que l’auteur a lui-même vécu lors de vacances au Sri Lanka. Il évoque l’horreur dont il a été témoin et la douleur d’un couple qui a perdu sa petite fille de 4 ans.

Il consacre le second récit à la génèse de son livre, qu’il a décidé d’écrire suite au décès de sa belle-soeur terrassée par un cancer. Il évoque la maladie, la perte d’une mère et d’une femme pour ses filles et son mari, mais il revient aussi très largement sur la vie de cette femme, Juliette, sur son implication dans son métier de juge. Le récit de la vie de Juliette est aussi l’occasion de présenter les personnes qui ont compté pour elle et de revenir sur leur propre vécu de la maladie.

Je comprends le titre donné à ce livre car il s’agit bel et bien de récits de vies. Celles-ci ne sont en fait pas complètement « autres » pour l’auteur car il a accompagné ces personnes, mais le titre révèle tout le respect qu’il a pour elles : il est sans qualificatif, sans jugement.

Je dois avouer qu’à ma lecture du premier récit j’en ai parfois voulu à l’auteur, en raison de ses réactions qui pouvaient frôler l’égoïsme (par exemple, quand il confesse avoir été gêné par le souci que se faisait sa femme pour sa soeur et qui l’empêchait de se consacrer entièrement à lui). Mais finalement je salue son honnêteté. Il ne cherche pas à se montrer sous son meilleur jour, mais seulement à révéler ses pensées et ses actes au moment des faits, ou tout du moins à révéler l’interprétation qu’il en a. Il dévoile son humanité, ses bons côtés comme ses mauvais.

J’ai retrouvé dans ce roman la dureté et la froideur ressenties avec « La classe de neige » mais elles ne sont pas, selon moi, dérangeantes. Ce sont peut-être elles qui permettent de ne pas tomber dans un texte larmoyant alors qu’Emmanuel Carrère nous racontes deux tragédies, deux drames épouvantables.

Je terminerai ce billet en disant que je ne sais pas ce que sa belle-soeur, Juliette, aurait pensé du portrait qu’il a fait d’elle, mais c’est pour moi un beau portrait car c’est celui d’une femme intelligente et forte sans être celui exagérément parfois d’une héroïne de roman d’aventure.

 

 

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10 réflexions sur “D’autres vies que la mienne- Emmanuel Carrère

  1. Je l’ai lu il n’y a pas longtemps et je pense que ce livre fait parti de ceux qui « restent ». C’est un recit difficile qui parle de choses difficiles mais je ne l’ai pas trouve pour autant plombe moral. Comme toi j’ai apprecie son honnetete.Oui parfois il parait egoiste mais il dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas. Est ce que dans certaines situations on ne se dit pas « oui bon, t’en fais un peu trop remets toi en! » a propos de quelqu’un d’autre qui souffre depuis longtemps alors que ceux qui n’en font pas assez, ce sont nous parce qu’on est trop centre sur nous meme. Bref, un beau livre et un bel article 😉

    • Je suis entièrement d’accord avec toi ! C’est cette honnêteté et cette volonté de dire les choses que j’ai appréciées dans ce livre. Merci pour ton gentil petit mot sur mon article…

    • C’est vrai que ce sont des personnages (des personnes, même) qui font preuve de beaucoup de force psychologique. C’est un livre marquant, l’écriture d’Emmanuel Carrère le rend puissant.

  2. Carrère est un auteur dont j’apprécie énormément la plume mais je n’ai pas encore lu celui-ci… un jour peut-être !
    En tout cas, je suis ravie de voir que l’apprécies aussi =)

      • Limonov, il faudrait aussi que je le découvre il a l’air très prenant comme titre ! J’avais lu Un Roman Russe que j’avais bien apprécié. Sinon, on m’avait parlé de son titre La Moustache qui parle de la folie de façon intéressante au niveau de la narration, après, je ne l’ai pas lu donc … Il faudrait que je me fasse mon propre avis ^^

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