Eloi

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Voilà une BD qui pourrait passer complètement inaperçue. Ses auteurs, Younn Locard et Florent Grouazel ne sont pas connus (si ce n’est pour leur participation à la bédénovela « Les autres gens »), son titre est relativement peu évocateur, sa couverture n’est pas spécialement accrocheuse. Et pourtant…

Et pourtant elle est beaucoup moins fade qu’elle n’en a l’air.

Proche du roman graphique, elle nous dévoile l’histoire d’un jeune Kanak, Eloi, qui est embarqué sur le navire « La Renommée » afin d’être ramené en France et servir de spécimen de la culture Kanake. Sa présence à bord est mal perçue : le commandant Grégoire s’est mis à dos tout son équipage pour permettre au naturaliste Pierre Delaunay d’embarquer ce « sauvage mangeur d’hommes ». Le trajet de retour dure des mois, les conditions de voyage sont pénibles, la promiscuité étouffe les hommes. Peu à peu, les esprits s’échauffent… C’est cette longue traversée des océans et de l’enfer qui nous est racontée.

La vie à bord se révèle être un véritable microcosme de la société française. Nous sommes en 1837, la Nouvelle-Calédonie est une terre nouvellement découverte, plusieurs expéditions françaises ont exploré ses côtes. Il n’est choquant pour personne d’embarquer un homme à seule fin de l’exhiber et de faire progresser la science, comme on le ferait d’un animal. Eloi se retrouve embarqué aux côtés d’un naturaliste, donc d’un intellectuel, dispensé de tout travail physique sur le bateau. Le prêtre Etienne lui fait adopter la religion catholique par des cours de catéchisme dispensés entre deux quarts assurés au sein d’une équipe de marins pour lesquels l’abolition de l’esclavage passe encore mal.

Eloi est totalement objetisé, y compris par Pierre Delaunay qui lui dit au début du voyage « je serai là pour t’aider ». Mais il ne faut pas voir là un simple élan d’humanité. Le naturaliste ne protège pas Eloi, il protège plutôt un trésor qu’il ramène en France.

Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que la fin est incroyable et inattendue !

On s’en doute, l’histoire d’Eloi fait écho à celle de beaucoup d’autres hommes, femmes et enfants arrachés à leur terre natale, notamment celle de l’arrière-grand-père de Christian Karembeu, exhibé lors de l’exposition universelle de 1931.

Voilà une BD touchante, qui suscite la réflexion. Le seul bémol pour moi réside dans l’illustration que j’ai parfois trouvée un peu brouillonne… Mais ça n’enlève rien à l’efficacité du propos.

 

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2 réflexions sur “Eloi

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