Un des romans de cette rentrée

kinderzimmer-1393211-616x0Pourquoi ai-je choisi de lire « Kinderzimmer » ? Parce que son titre m’a interpellée. Je n’avais jamais entendu parler de chambres pour enfants dans les camps de concentration. J’ai même entamé ma lecture en me demandant s’il s’agissait d’une invention de l’auteure, s’imaginant un germe de vie possible à Ravensbrück.

En fait, le roman de Valentine Goby s’appuie sur des témoignages et de la documentation. La kinderzimmer a bien existé à Ravensbrück, à partir de septembre 1944.

Mais dans ce roman l’auteure ne s’attarde pas uniquement sur ce lieu à part. Elle donne vie à Mila, qui est en fait Suzanne Langlois dans sa vie d’avant le camp. Dans les années 60, Suzanne-Mila se souvient de son arrivée au camp, de son ignorance de départ et elle se rappelle sa découverte de Ravensbrück et sa métamorphose pour y survivre.

Le corps est omniprésent dans ce roman. Il est révélateur du temps qui passe, vecteur de souffrances et le corps des autres femmes est un miroir qui renvoie Mila à sa propre déchéance. Mais le corps est aussi porteur de vie car Mila est enceinte de plus de trois mois à son arrivée à Ravensbrück. Son bébé ainsi que ceux d’autres femmes naîtront dans le camp.

Tout au long du roman, Valentine Goby nous raconte le quotidien de Mila, toujours à travers le prisme de ses sensations physiques mais aussi à travers ses angoisses de mère. Car la kinderzimmer n’était pas une crèche, un havre de paix pour bébés. C’était une pièce dans laquelle on entassait les nourrissons dans l’attente de leur mort, généralement dans les trois premiers mois de leur vie…

« Kinderzimmer » est un roman dur, parfois asphyxiant. Dans un article du magazine Lire, un critique le qualifie de « pur produit calibré pour la rentrée » basé sur une « narration lacrymale ». Je n’ai pas choisi de lire ce roman pour trouver en lui une grande oeuvre littéraire, mais je trouve cette critique un peu sévère. Elle prête à l’auteure une intention de facilité, non méritée selon moi. Pour ma part, j’ai le sentiment que Valentine Goby a tenté de nous faire percevoir le quotidien à Ravensbrück. Selon moi elle est parvenue à faire ce que son personnage attend des romanciers : « inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent », l’instant présent de Ravensbrück.

 

Kinderzimmer. Valentine Goby. Actes Sud, 2013. 217 p.

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3 réflexions sur “Un des romans de cette rentrée

  1. Ces jugements sont assez terribles. Je crois que Valentine Goby a une vraie constance et qu’il y a un vrai travail derrière chacun de ses romans.

    • Je le pense aussi. En lisant cette critique, j’ai un peu eu le sentiment qu’il cherchait juste à rédiger une critique négative, quitte à être un peu de mauvaise foi.

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