Les lotus d’or

album-cover-large-19267La BD « Les pieds bandés » de Li Kunwu raconte la vie de Chunxiu, la nourrice de l’auteur quand il était enfant. Alors qu’elle n’était encore qu’une petite fille elle s’est fait bander les pieds, sur volonté de sa mère, afin de pouvoir plus tard être mariée à un homme de bonne famille et sortir ainsi de sa condition sociale. Nous découvrons donc que « plus tu es pauvre, moins tu te bandes les pieds; moins tu te bandes les pieds, plus tu es pauvre ».

La scène du bandage est très impressionnante. La femme qui bande les pieds de Chunxiu semble omnipotente, cette impression est renforcée par la contre-plongée ainsi que le focus sur la main qui va infliger la douleur. La souffrance physique et mentale de l’enfant est retranscrite et nous souffrons avec elle…

Parallèlement à l’histoire personnelle de Chunxiu c’est l’Histoire de la Chine qui nous est rappelée : la révolution de 1911 qui a mené à la chute de la dynastie Qing, la naissance de la République de Chine, la révolution culturelle lancée par Mao…

Chunxiu va grandir et devenir une femme. Elle qui était promise à une belle vie va voir son destin évoluer au rythme de celui de son pays…

J’ai retrouvé dans « Les pieds bandés » l’illustration typique de Li Kunwu que j’avais découverte avec « Une vie chinoise ». L’auteur utilise le noir et blanc dans des dessins qui pourraient sembler à certains peu soignés. Je pense qu’il faut plutôt les considérer comme des scènes prises sur le vif. L’illustration de l’auteur traduit bien le propos : ici, pas de Chine romantique mais un quotidien fait de labeur, mais aussi de grivoiseries ainsi que de souffrances et d’oppression politique.

J’ai lu « Les pieds bandés » très rapidement : je me suis laissée porter par l’histoire et le rythme de la narration. J’ai également pris beaucoup de plaisir à retrouver l’univers de Li Kunwu.

Et j’ai découvert plus précisément cette coutume dont j’avais juste entendu parler. Je ne savais pas que les pieds bandés des femmes ne doivent idéalement pas mesurer plus de 7,5 cm et je ne savais pas non plus qu’on les appelait les « lotus d’or ». Je ne porte pas de jugement sur cette tradition, je m’interroge en revanche sur la vie quotidienne de ces femmes bridées dans leur croissance.

Les photos de pieds bandés (trouvées sur Internet) sont impressionnantes :

 

« Les Pieds bandés » de Li Kunwu. Kana, 2013.

 

Je vous conseille aussi :

Une bonne série qui m’a fait découvrir une partie de l’Histoire de la Chine.

 

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15 réflexions sur “Les lotus d’or

    • Ce qui me perturbe c’est cette soumission au désir de l’autre, comme tu le dis, mais qui s’est transformée en culture et a étouffé chez beaucoup de femmes l’envie de refuser le bandage des pieds…

  1. Moi aussi tu m’as donné envie de le lire, tant pour l’aspect historique que pour la narration et pour les dessins. Merci

  2. La photo d’illustration que tu as mis est impressionnante, c’est une coutume qui étonne quand on est pas habitué ! Je note cette BD merci pour cette bonne découverte ça m’intrigue beaucoup maintenant que j’ai lu ton article surtout du point de vue graphique. C’est quand même une tradition qui laisse pensif … Ça semble être bien plus qu’une soumission au désir mais un véritable marqueur sociétal comme tu l’écris plus haut, beaucoup de culture en ont et celle ci n’est qu’un exemple probant parmi tant d’autres !

    • Oui, beaucoup de cultures ont des traditions qui nous laissent pensifs, nous autres Européens… Je pense par exemple aux femmes-plateaux ou aux femmes-girafes en Afrique. Comme je l’ai mis dans mon article, je ne juge pas, mais je ne peux m’empêcher de m’interroger…
      En tout cas, ça me fait plaisir si ça t’a donné envie de lire la BD.

  3. Il y a quelques années, j’ai lu le roman Pivoine de Pearl Buck et c’est là que j’ai découvert cette tradition. Comme toi cela m’a interrogée sur son poids et la souffrance de ces femmes.

    • Ce qui est étrange c’est que l’on voit bien au début de la BD la souffrance de Chunxiu; cependant, quelques années plus tard, elle refuse elle-même de renoncer à cette tradition…
      Je n’ai pas lu « Pivoine » de Pearl Buck mais « Vent d’Est, vent d’Ouest » et j’avais bien aimé…

    • Elle l’est ! Mais certaines cases et scènes mettent aussi mal à l’aise que les photos que tu as vues… Je m’interroge moi aussi sur cette tradition, et sur bien d’autres encore…

  4. Ping : La voie ferrée au-dessus des nuages – Li Kunwu | C'est tout vu, tout lu ?

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