Des textes coup de poing

Olivia-Rosenthal-La-Douleur-de-Marguerite-Duras-interroge-la-frontiere-entre-l-humain-et-l-inhumain_article_popin

Quand j’ai ouvert mon blog, j’étais opposée à la création d’une catégorie « inclassable », par peur d’en arriver à y mettre tout et n’importe quoi.

Mais la lecture de « La douleur » de Marguerite Duras m’a obligée à revoir ma copie…

Il ne s’agit pas ici d’un roman, ni d’une autobiographie, ni même d’un recueil de récits. C’est un livre constitué de six textes : « La douleur », « Monsieur X. dit ici Pierre Rabier », « Albert des Capitales », « Ter le milicien », « L’Ortie brisée » et « Aurélia Paris ».

Les quatre premiers textes sont extraits d’un journal tenu par l’auteure dans les années 1944-1945 : elle a donc écrit son vécu, ses émotions, son ressenti. Les deux derniers textes sont de la fiction, de la littérature.

Malgré leurs disparités, ces textes nous plongent, par l’écriture de leur auteure, dans l’horreur de la guerre et la difficulté de revivre à la Libération.

Le passage suivant illustre bien, selon moi, le propos général de ce recueil : « Les Allemands faisaient peur comme les Huns, les loups, les criminels, mais surtout les psychotiques du crime. Je n’ai jamais trouvé comment le dire, comment raconter à ceux qui n’ont pas vécu cette époque-là, la sorte de peur que c’était. » (p. 108).

A la lecture de « La douleur », le lecteur est plongé dans la terreur… Et effectivement, on ne peut sans doute pas comprendre tout ce qui s’est joué au cours de la guerre pour Marguerite Duras, tant du point de vue politique qu’intime.

Le premier texte m’a particulièrement émue et horrifiée car Marguerite Duras écrit sur l’horreur qu’est l’attente d’un être aimé qui a été déporté et dont on ignore la vie ou la mort. Ce qui est extrêmement étonnant, c’est qu’elle explique ne pas se souvenir avoir écrit ce texte. En le relisant, elle se remémore les événements qui y sont relatés, elle reconnaît les lieux cités mais elle ne sait plus exactement à quel moment elle l’a écrit… L’a-t-elle inconsciemment oublié pour se sauver elle-même, pour passer à autre chose ? Elle-même n’aurait peut-être pas la réponse…

Ce texte m’a également émue car il pose la question de la perte de l’amour : peut-on ne plus aimer une personne dont on a été séparée pendant des années ? Peut-on s’être détachée de celui qui revient des camps ?

En refermant ce livre, on y repense, on s’interroge sur ce que l’on a lu. C’est vraiment un livre inclassable.

 

 

 

Publicités

6 réflexions sur “Des textes coup de poing

  1. J’ai lu un livre de Duras qui m’a rendu très curieuse sur l’ensemble de son oeuvre ! Mon prochain sera peut être celui ci ^^ Merci pour cette découverte =)

    • Oui… Il y a quelques temps j’avais vu sur ton blog que tu lisais « Un barrage contre le Pacifique ». « La douleur » était dans ma PAL et ton billet m’avait donné envie de me mettre à relire du Duras… J’ai la même démarche que toi, je pense lire d’autres titres, d’autant plus que celui que j’ai lu me semble un peu à part… J’ai hâte d’avoir ton avis sur « La douleur »…

  2. Je découvre ton blog avec plaisir. Ce texte, lorsque je l’avais lu, m’avait beaucoup interrogée. Je t’inscris avec joie pour le challenge « Genviève Brisac » et si tu as besoin d’informations ou d’éclaircissements, n’hésite pas à me le demander.

    • Merci pour ta visite sur mon blog et pour ton gentil petit mot. Je suis contente de pouvoir participer au challenge ! Si j’ai des doutes en cours de route, je n’hésiterai pas à t’interroger !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s